08 novembre 2016

« Non, la République n’est pas l'ennemie des religions : quelques rappels sur la laïcité »

J’ai assisté jeudi dernier, comme chaque année, au traditionnel dîner républicain organisé pour le nouvel an juif par le Conseil des Communautés Juives du Val-de-Marne. J’apprécie ce dîner car il nous permet de nous retrouver dans un cadre toujours convivial mais également d’échanger nos points de
vue sur notre territoire, la France et le Monde dans un esprit de construction positif. J’ai
eu plaisir à retrouver mes amis de la communauté de Saint-Mandé, Vincennes et Fontenay-sous-Bois.

Mais chaque année, je m’étonne de voir certaines personnalités politiques et commentateurs dénoncer la présence de leurs confrères et consœurs à différents dîners organisés pour fêter la nouvelle année juive. Je me souviens d’un article publié en 2013 sur le site internet de France Info tout à fait étonnant où la présence du premier ministre de l’époque, Jean-Marc Ayrault, à un dîner organisé par l'écrivain Marek Halter était dénoncée : “cette présence peut étonner au moment où une charte de la laïcité est affiché dans tous les établissements scolaires publics”.

Cela en dit long sur la méconnaissance et sur la confusion des principes fondamentaux qui peuvent exister actuellement dans notre pays. En effet, le principe de laïcité tel que défini dans la loi de 1905 n’est pas et ne doit pas être conçu comme une tentative de neutralisation religieuse de la société. Je crois qu’une mise en perspective historique est nécessaire en ces temps troubles où à l’extrême droite et à l’extrême gauche, des discours laïcistes intransigeants menacent la garantie du libre exercice des cultes.

La défense d’une laïcité intransigeante qui poserait la République en ennemie du religieux est une faute historique. C’est une faute historique parce que cette vision est contraire à la loi de 1905 telle que voulue par le rapporteur de l’époque, un certain Aristide Briand qui a fait adopter une loi de conciliation, visant à construire un “pacte laïque” avec l’Église. La loi de 1905 n’impose donc pas la renonciation publique nationale, elle ne décrète pas la neutralité religieuse de la société mais plus exactement la neutralité religieuse de l’État.

Une fois ces principes rappelés, je veux affirmer toutefois qu’une citoyenneté forte est indispensable au vivre-ensemble. La liberté religieuse doit nécessairement s’exercer dans le respect d’un socle de valeurs fondamentales : l’unité de la communauté politique et du peuple français sont les limites naturelles portées à l’organisation communautaire et à l’expression des particularismes.

On ne peut, en effet, pas vivre-ensemble si on ne produit pas du “commun”, si on ne développe pas un fort sentiment d’appartenance : ce que l’on appelle la citoyenneté ! C’est d’ailleurs à mon sens tout le rôle de l’éducation nationale et plus particulièrement de l’école primaire. Oui, c’est l’enseignement des valeurs fondamentales de la République et l’acquisition des grands principes de vivre-ensemble qui doivent constituer la mission principale de l’école primaire. C’est l’acquisition des grandes règles implicites de la vie en commun et les grands cadres intérieurs de la vie en société qui sont prioritaires.

C’est cette transmission de repères à l’école primaire sur laquelle nous devrons insister lorsque viendra le temps de l’alternance. Elle est la garantie de l’unité nationale et de de l’apaisement des tensions qui peuvent exister entre différentes communautés aujourd’hui. Une fois les conditions du vivre ensemble réunies, il sera alors plus facile d’accepter nos nuances et nos différences, sans en venir à vouloir les imposer aux uns ou aux autres. Peu nombreux seront à ce moment-là les laïcistes extrémistes proclamant la République ennemie des religions ….

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