21 octobre 2017

L'Interview du samedi

La rentrée est désormais derrière nous et nous voulions faire un point avec vous. Cette année électorale a été dense, comment vous sentez-vous ?  
Gildas LECOQ : Je vais très bien, je vous remercie. Vous l’avez dit, l’année a été marquée par trois rendez-vous électoraux qui ont modifié très largement le paysage politique de notre pays.
Si je n’ai pas gagné l’élection législative, je dois reconnaître que cette séquence électorale a été bénéfique pour notre équipe. Elle nous a offert la possibilité de rencontrer de nouveaux fontenaysiens et de mieux faire connaître notre vision politique. Ce travail de terrain est très positif pour l’avenir.
La campagne nous a permis également d’élargir notre équipe, et de poursuivre ce nécessaire rassemblement de femmes et d'hommes venant d’horizons politiques différents. Vous le savez, notre groupe est le seul à rassembler aussi largement, alors que la majorité municipale se morcelle et se radicalise sur des positions clivantes. Avec eux nous sommes très loin de la promesse d’une ville pour tous.
Sur le plan national, il faut reconnaître que l’élection d’Emmanuel Macron a donné un nouvel élan à la vie politique française et a permis de faire respirer la classe politique. Maintenant, il faut restaurer un lien de confiance indispensable entre les élus et les citoyens. Loin des étiquettes et des appartenances politiques, je crois au terrain et aux rencontres.



Depuis la rentrée vous êtes sur tous les champs, est-ce à dire que vous êtes déjà en campagne pour les prochaines municipales ?
Gildas LECOQ : Je n’ai jamais attendu les élections pour être sur le terrain ! C’est justement ce qui nous distingue. L’engagement politique local tel que je le conçois implique d’être en contact permanent avec les habitants. C’est ma philosophie. J’ai cette chance d’aimer les gens, et j’apprécie de discuter avec eux.  Je vis donc tout simplement dans ma ville au rythme de ses animations et de mes rencontres.
J’essaye enfin d’aller partout et sans doute aussi là où l’on ne m’attend pas : nous allons dans tous les quartiers fontenaysiens sans aucune exception. Je sais que cela peut en étonner certains qui me prédisaient de ne pas tenir la distance, mais malheureusement pour eux, je suis toujours là et bien là !



Que pensez-vous de la première année de mandat du Maire de Fontenay-sous-Bois ?
Gildas LECOQ : Il ne m’appartient pas de le juger catégoriquement si tôt. Comme chaque habitant, j’observe, j’écoute et j’attends de voir. Pour le moment, je n’ai pas le sentiment d’un grand changement de cap pour notre ville, à l’exception de son plan de communication.
Surtout, je regrette sa démarche de politisation des enjeux municipaux. Plutôt que de rassembler sur la modernisation de notre ville et de bâtir des projets concrets pour donner un nouvel élan à la ville, sa politique cloisonne et ne s’adresse qu’à une seule partie de la population. Je dois reconnaître qu’il s’inscrit ainsi dans la lignée de son mentor Jean-Luc Mélenchon du Front de gauche. Faire du bruit et le faire savoir ne font pas pour autant avancer les dossiers.


Notre différence, c’est notre volonté de conduire une politique municipale qui ne soit pas idéologique, mais qui soit vraiment utile pour tous les quartiers et tous les habitants. Un esprit constructif et positif. C’est avec cette logique que nous travaillons au Conseil municipal : lorsqu’il faut soutenir la Mairie, nous le faisons sans aucun problème s’il s’agit bien, au final, d’améliorer la vie des habitants. Je sais que cela peut déstabiliser, mais un trottoir n’est pas de droite ou de gauche, il est propre et en bon état, ou sale et détérioré ! En revanche, je suis consterné par les débats interminables engagés par le Maire sur les sujets de politique nationale ou internationale qui parasitent les Conseils municipaux.  Nous avons été élus par les Fontenaysiens pour gérer cette ville, et non pour créer une association de café-débat ou un parlement parallèle ! Au vu de l’état de propreté de nos rues, de la dette locale et de la faible qualité de nos équipements, j’ai envie de dire : revenons à notre mission locale, cela suffira amplement. Pour le reste, chacun a le droit d’avoir un avis, mais le conseil municipal n’est pas la chambre d’enregistrement des plaintes et craintes de nos amis du front de gauche et du parti communiste… Qu’ils aillent s’exprimer ailleurs, comme nous le faisons.



Vous avez exprimé votre crainte face au risque de report des projets de transports mais également dénoncé l’hypocrisie de la Mairie sur ce sujet. Pourquoi ?
Gildas LECOQ : C’est l’exemple même d’un sujet où notre groupe a toujours travaillé pour voir aboutir les projets. Prenons la ligne 1 du métro et son prolongement. Notre groupe a toujours soutenu ce projet : nous avons été bien seuls …
Il faut avoir le courage de dire la vérité : le prolongement n’était pas la priorité de l’actuelle majorité, car le métro aurait amené de nouvelles entreprises et des populations nouvelles à Fontenay-sous-Bois, faisant ainsi évoluer la sociologie de la ville. C’est une triste logique électoraliste, typique d’une majorité qui veut garder le pouvoir … On se dit force de progrès, mais en pratique, on s’oppose à tout.
Une fois que le prolongement du métro jusqu’à Val-de-Fontenay était acté, la majorité s’est ralliée au projet. Ralliée mais pas forcément dans le sens de l’intérêt des Fontenaysiens, puisqu’elle a soutenu l’implantation d’une station intermédiaire sur le territoire de Montreuil plutôt que de se battre pour une station place du 8-Mai 1945 dans notre ville. Quel dommage …



En matière de logement et d’aménagement aussi, vous portez une vision différente ?
Gildas LECOQ : Évidemment. Parlons, si vous le voulez, du plan local d’urbanisme : il s'agit du document fixé par la Mairie qui définit les règles de construction dans une commune.


La large (et coûteuse !) campagne de communication de la Mairie nous annonçait une ville apaisée, durable et à visage humain. Au final, ce plan local affichait tout le contraire ! Ce n’est pas faute d’avoir proposé des corrections, mais le Maire ne voulait rien entendre. Aujourd’hui les habitants de nos quartiers résidentiels mesurent toute l’incohérence de ce plan qui permet la construction d’immeubles très hauts. Cette densification est un point plus que noir pour l’avenir de notre ville… Où est la ville à visage humain, quand des immeubles de plus de 15 mètres s’imposeront dans nos quartiers ?


En matière de logement social, même constat. Notre position est claire :  nous sommes favorables aux 30% de logements sociaux dans Fontenay-sous-Bois. Pas moins, pas plus. Plutôt que de construire de nouveaux logements sociaux et de créer de véritables ghettos urbains, il faut plutôt entretenir le parc des logements existants ! C’est l’urgence dans notre ville. La majorité densifie, bétonne et pense ainsi qu’un locataire du parc social est de fait un soutien électoral. C’est faux de penser cela, et les habitants nous le démontrent chaque jour. L’urgence, c’est de donner la priorité aux ménages en difficulté. Je pense aux familles monoparentales qui souffrent de cette problématique du logement par exemple. Ou à nos jeunes de 25-30 qui doivent continuer à vivre chez leurs parents faute de places. Quand je pense que Monsieur Voguet revendiquait publiquement vivre dans un logement social au nom de la mixité ...je ne suis pas d’accord. Désolé, mais pour moi le logement social doit être destiné à celles et ceux qui en ont besoin, pas à ceux qui ont des revenus conséquents.




D’ailleurs en matière de logement, Fontenay compte de nombreux bénéficiaires de l'aide personnalisée au logement (APL) et un parc de logements sociaux important. Que pensez-vous de la baisse de cette aide compensée par une baisse forcée des loyers perçus par les offices publics d'habitat (OPH) et les bailleurs sociaux ?
Gildas LECOQ : C'est une grave erreur. La baisse des APL et la baisse forcée des loyers pour les HLM ont une conséquence claire : l'État fait porter le poids de sa décision sur d'autres, à savoir les offices publics de l'habitat et les bailleurs. Cette décision risque de remettre en cause leurs investissements futurs pour rénover le parc de logements existant, mais aussi les programmes d’entretien, comme le changement d'un ascenseur, par exemple. Cette décision est clairement la preuve que nos ministres ou parlementaires devraient obligatoirement avoir un mandat local. Ils comprendraient, dès lors, les conséquences de certaines de leurs décisions.




La CSG doit augmenter à partir du 1er janvier 2018. Pouvez-vous nous donner votre avis ?
Gildas LECOQ : L’urgence en matière de productivité et d’emploi dans notre pays, c’est la baisse du coût hors taxe du travail. Pour cela, nous devons réduire considérablement les charges salariales et patronales. Ainsi, nous gagnons en productivité et compétitivité pour les entreprises, et en pouvoir d’achat pour les salariés. Se pose ensuite la question de la compensation de cette baisse des charges ? La TVA sociale est selon moi la meilleure réponse. Aujourd’hui, le gouvernement nous annonce la hausse de la CSG sans avoir agi sur le coût du travail. Cette augmentation de la CSG est une fausse bonne idée. Il y a d’autres solutions, je n’ai cessé d’en parler pendant la campagne des élections législatives. En augmentant la CSG, les retraités et les fonctionnaires vont voir leurs prélèvements augmenter, et les salariés auront une baisse de charges plus faible que prévu. On finance donc la baisse des charges … en augmentant une charge ! Je le redis, il fallait plutôt financer la baisse des charges par une augmentation de la TVA, pour faire payer notre protection sociale aux entreprises étrangères via les importations. Il est plus juste de faire financer nos retraites par les multinationales américaines ou chinoises, plutôt que par les retraités fontenaysiens !



Le tissu associatif fontenaysien est très dense. La disparition des contrats aidés ne risque-t-elle pas de le fragiliser ?
Gildas LECOQ : Arrêtons une fois encore de nous cacher derrière notre petit doigt. Ces contrats sont un succès, ils permettent à des personnes inactives d’avoir une activité professionnelle qui a une vraie utilité sociale. Combien de fois n’a-t-on pas entendu qu’il était inconcevable que des chômeurs qui touchent une indemnisation ne puissent se mettre au service de la collectivité ? Et bien, c’est cela les contrats aidés : permettre la réinsertion dans la vie active des personnes les plus éloignées de l’emploi, les jeunes de moins de 26 ans et les personnes de plus de 50 ans ! Je suis en contact avec un très grand nombre d’associations : il ne faut pas se faire d'illusions, les associations n'ont pas les moyens de transformer les contrats aidés en contrats classiques.
En supprimant les contrats aidés, il y a deux types de perdants :  Les bénéficiaires des contrats qui pouvaient ainsi espérer une insertion ou un retour à l'emploi, mais également les bénéficiaires des services proposés par les associations.



Vous avez la solution ?
Gildas LECOQ : Nous avons une piste de réflexion au sein de ma famille politique. Remplaçons le fonctionnement actuel pour un autre type de contrat, un CDI progressif. Les Collectivités et les associations pourraient signer un CDI avec une personne qui répond aux conditions du contrat aidé : l’Etat subventionnerait une partie de son salaire mais aussi des heures de formation prises en charge pour permettre au salarié d’avoir des perspectives de long terme.
Ainsi, nous permettrons une vraie insertion pour le salarié et un vrai accompagnement pour les communes, qui devraient déboucher sur la pérennisation de l’emploi. Ensuite, je suis partisan que ce type de contrats aidés ne soient réservés à terme qu’aux PME-PMI afin de permettre le retour à l’emploi dans ce type d’entreprise d’un très grand nombre de nos concitoyens. J’espère que l’Etat va infléchir sa position et offrir tant aux associations qu'aux Collectivités un cap clair et rassurant. Je regrette que notre député, sur cette question, soit totalement absent du paysage local.




Êtes-vous également inquiet depuis la suppression, cet été, de 46,5 millions d'euros des crédits alloués à la politique de la ville ?
Gildas LECOQ : Oui ! A Fontenay-sous-Bois deux quartiers sont concernés : Les Larris et La Redoute. Je connais bien ces quartiers que l'on on a souvent considérés comme des territoires abandonnés. Je sais combien les femmes et les hommes qui y vivent ne sont pas, au départ, plus résignés ou plus pessimistes que d'autres. Simplement, ils ont fini par se sentir désemparés, impuissants, oubliés par une société qui avait fini par s'accommoder de ces territoires " à la marge " ou " périphériques ". Dans notre ville, ils doivent figurer prioritairement parmi ceux pour lesquels nous devons œuvrer.


Comme mes amis Jean-Louis Borloo et Yves Jégo, je dis qu’il est urgent que le gouvernement reprenne la question urbaine dans son champ d’action. Une fois que l’Etat agira, il faut aussi que les élus locaux saisissent les opportunités. Je m’interroge toujours sur le refus, il y a quelques années, de placer le quartier des Larris dans le cadre de l’ANRU, un vaste dispositif de rénovation. A l’époque, l’Etat consacrait plus de crédits : si nous en avions profité, nous n’en serions pas là ! Bref...
Fixons aussi des priorités. La création future d’un théâtre dans le quartier de la Redoute - concerné par les crédits de rénovation urbaine - m’inquiète aussi. Je ne souhaite pas que ce fameux équipement capte, à lui seul, l’ensemble des crédits dédiés à la rénovation du quartier. Nous le disons depuis le début, ce théâtre n’a pas la même urgence que les rénovations d’écoles ou la réhabilitation de nos quartiers. Il convient de stopper ce projet au regard de nos finances et des urgences dans notre ville.
Nous sommes certes minoritaires dans la commune, mais au fond les Fontenaysiens aimeraient que cette idée soit majoritaire. La ville a aujourd’hui de lourds dysfonctionnements qui font qu'elle s'occupe sans arrêt des questions marginales, sans jamais s’attaquer aux questions essentielles et stratégiques. Ce n'est pas cette vision de la ville que nous voulons pour les habitants. A la politique réflexe, je souhaite que nous substituions la politique réflexion. Il faut prendre le temps de réfléchir plutôt que d'avoir des réflexes pavloviens et, qui plus est, dogmatiques.
Une fois que nous aurons réglé ces sujets, alors oui, nous pourrons réfléchir à une salle de théâtre de qualité. Il faudra y intégrer à la fois l’avenir du conservatoire actuel et son accessibilité. L'actuel projet de théâtre n’y répond pas hélas.

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