07 avril 2018

L'interview du Samedi : politique de la ville !

Vous avez rencontré Jean-Louis Borloo en mars dernier. Il va bientôt dévoiler son plan en faveur des quartiers en difficulté au Gouvernement. Pour beaucoup de Maires de banlieue, c’est le “plan de la dernière chance” : qu’en pensez-vous ?
J’ai en effet échangé avec mon ami Jean-Louis Borloo, ancien Ministre d’Etat, le 17 mars dernier. Il n’a pas encore révélé les contours de son plan d’action, mais il m’a assuré qu’il a à cœur de travailler sur plusieurs points très importants, notamment sur le développement économique dans les quartiers : j’y reviendrai. Je ne sais pas si son projet est celui de la dernière chance, mais il y a une urgence que le gouvernement doit prendre vraiment à bras le corps. Au début des années 2000, Jean-Louis Borloo a créé un outil inouï l’Agence nationale pour la rénovation urbaine (Anru). Il est le père de cette démarche de renouvellement du parc urbain en France qui visait à développer l’attractivité des zones sensibles grâce à de nouveaux aménagements urbains. A l’époque, l’Etat avait déployé des crédits très importants : 1,6 millions de logements ont été démolis et reconstruits depuis 2003, c’est un engagement d’une ampleur inédite ! Fontenay-sous-Bois avait raté le coche car la Mairie n’avait pas souhaité drainer ces crédits dans notre ville. C’est une occasion manquée, nous en payons encore le prix aujourd’hui et notamment les habitants des Larris qui étaient vraiment concernés. Mais le passé est le passé, tournons-nous vers l’avenir.

L’objectif premier de la rénovation urbaine était d’améliorer la vie dans les quartiers. Pour y parvenir, sur quelle priorité faut-il mettre l’accent ?
On ne peut pas désenclaver les quartiers sans développement économique : l’Etat aura beau rénover le parc de logements, s’il n’y a pas d’emplois et de commerces à la clé, alors les quartiers resteront enclavés. Consolider le tissu économique est la mère des priorités. Le renouvellement du programme de rénovation urbaine doit beaucoup plus intégrer cette dimension, et je sais que Jean-Louis Borloo y est attaché. Concrètement, il faut dire que les entreprises et les commerces de proximité sont des véritables services de proximité dans certains quartiers : c’est le rôle des pouvoirs publics de les soutenir au maximum, dans le respect de la législation. Prenons l’exemple du marché des Larris qui a fermé pour des motifs de rentabilité : il aurait pu apporter du dynamisme et de la vie dans un quartier qui en avait besoin, je ne comprends pas que la Mairie n’ait pas tout fait pour le préserver à l’époque. L’autre sujet essentiel, ce sont les mobilités : il faut que les pouvoirs publics accompagnent toutes les actions qui permettent aux citoyens de ne plus être assignés à résidence dans nos quartiers, toutes ces actions auxquelles on ne pense pas assez comme l’obtention du permis de conduire ou les dispositifs de formation : Jean-Louis Borloo a raison d’en parler, c’est aussi ça la politique de la ville.


"Sur ces sujets, à l’image de Jean-Louis, nous serons des agitateurs d’idées pas des freins. Nous devons avoir là aussi de l’ambition." 


A Fontenay, le réaménagement des Larris est justement envisagé. Est-ce que vous portez une vision pour l’avenir du quartier ?
Nous soutiendrons tous les projets qui seront bénéfiques à ce quartier. Le cas des Larris illustre exactement ce que je viens de dire. C’est un quartier qui me tient énormément à cœur car j’y ai noué des relations fortes et je suis vraiment déterminé à améliorer les choses : il y a une vraie opportunité d’améliorer la vie quotidienne des habitants, à condition d’avoir une vision claire, ambitieuse et de se retrousser les manches ! Il faut d’abord être clair sur les objectifs du réaménagement : pour nous, l’objectif principal doit être de connecter les Larris vers les pôles d’attractivité de la ville. Il faut ouvrir le quartier vers l’extérieur avec notamment un vrai axe de communication vers la piscine, la patinoire et Auchan. Si il n’y a pas un travail spécifique sur cet axe, alors le réaménagement indispensable sera un échec.

Le projet de réaménagement de la Dalle que défend la Mairie pourrait-il être amélioré ?
Je le redis clairement, le projet de réaménagement de la Dalle proposé par la ville est soutenu par les élus de notre groupe, même si nous avons quelques divergences, globalement ce projet va dans le bon sens. L’urgence est là et nous ne pouvons plus perdre de temps, nous devons nous serrer les coudes et mettre le paquet pour ces quartiers. Le projet qui a été discuté avec les habitants consiste à recréer un pôle commercial au cœur des Larris, pour améliorer le commerce, l’emploi et le dynamisme du quartier : c’est une bonne chose. Il fallait recentrer ce centre commercial plus au cœur du quartier. Je défends toutefois une solution plus audacieuse consistant à inclure l’espace InterG dans la zone de réaménagement. N’ayons pas peur de déménager cet espace dont les coûts de construction sont déjà amortis pour permettre de construire sur l’emprise ainsi élargie ce nouveau petit centre commercial de proximité. L’espace Inter-G pourrait être installé près de la pharmacie qui à mon sens peut rester où elle est située actuellement. Ainsi le nouvel inter-G plus grand pourrait avoir un accès sur le futur jardin arboré qui remplacera l’actuelle dalle des Larris et son centre commercial. Je défends aussi l’installation d’un centre médical accolé à la pharmacie plutôt que d’installer un équipement public indéterminé sans vraiment de projet clair comme l’envisage la Mairie. Ce centre médical doit permettre d’accueillir des médecins libéraux et praticiens médicaux (infirmiers, dentistes,…). La désertification médicale touche notre commune profitons d’une politique de rénovation urbaine pour s’attaquer à ce problème. Voilà très rapidement les grandes lignes que nous défendons. Je reste positif et je suis certain que nous saurons trouver majorité comme opposition les bonnes solutions. Les commerçants de l’actuel centre commercial devront aussi être accompagnés et dédommagés car ils animent ce quartier avec détermination et ne peuvent pas être les victimes de cette rénovation future. L’Etat devra être au rendez-vous, le Maire m’a laissé entendre récemment qu’il avait reçu des garanties, je m’en réjouis. Même si je connais les nombreuses contraintes, il faut maintenant que cela avance.

Et pour la Redoute, quelle est votre vision ?
Là aussi, mettons-nous d’abord d’accord sur la vision qu’on porte et les objectifs d’un réaménagement : il faut avoir les idées claires avant de faire des propositions. La priorité, pour La Redoute, c’est d’être ouverte vers la ville, d’être désenclavée : il faut connecter ce quartier au reste de la ville. Il faut qu’il devienne un lieu de transit pour les fontenaysiens, un lieu où l’on vit et pas simplement un grand dortoir dans lequel les fontenaysiens des autres quartiers ne mettent jamais les pieds. Pour y parvenir, il me paraît d’abord nécessaire d’en finir avec ce projet de théâtre dispendieux qui n’est absolument pas prioritaire : il y a déjà des théâtres à proximité qui se battent pour simplement survivre (comme le théâtre de l'Aquarium à la Cartoucherie). L’urgence culturelle n’est pas un théâtre de cette taille, notre ville manque surtout cruellement d’une médiathèque rénovée avec des moyens dignes de ce nom ! Si nous étions aux responsabilités, les 12,5 millions d’euros d’investissement prévus pour la construction du seul théâtre seraient déployés dans un projet de pôle culturel, dans lequel nous intégrerions une nouvelle médiathèque moderne et plus grande, avec une salle de spectacles pour le théâtre ou des concerts acoustiques. Un pôle culturel avec un parking en sous-sol. Pour ouvrir La Redoute sur la ville, il faudrait aussi repenser complètement le carrefour de l’avenue Rabelais qui doit devenir l’une des portes d’entrée vers La Redoute. Mais pour ouvrir le quartier sur la ville, je propose une fois la nouvelle Médiathèque construite de démolir l’actuelle bibliothèque pour faire cheminer vers La Redoute : le carrefour ainsi réaménagé permettrait de créer une nouvelle place et d’y accueillir un café ou un restaurant proche du Franprix pour recréer un véritable lieu de vie. Bien sûr, La Redoute, comme les Larris est déjà un lieu de vie grâce aux associations du quartier et les amicales de locataires qui font un travail exceptionnel qui mérite d’être davantage soutenu parce qu’elles sont à la source du lien social qui se développe dans nos quartiers. Mais on peut aller encore plus loin avec de la détermination. Sur ces sujets, à l’image de Jean-Louis, nous serons des agitateurs d’idées pas des freins. Nous devons avoir là aussi de l’ambition. J’ai peur que les crédits prévus pour la rénovation urbaine de ce quartier soient engloutis uniquement dans le projet de théâtre, je demande au maire d’écouter le bon sens que nous portons sur ce dossier.

Vous défendez aussi une idée originale dont on entend de plus en plus parler dans le débat public : la nécessité de permettre aux locataires de HLM de devenir propriétaires de leur logement. Pourquoi ?
Toutes les études économiques et sociologiques montrent depuis des années qu’en permettant aux citoyens de devenir propriétaires de leur logement social, la propreté et le cadre de vie des résidences s’améliorent. Je ne trouve pas illogique qu’un locataire qui réside dans le parc de logements sociaux depuis plus de 30 ans et qui a largement remboursé les coûts de construction puisse devenir le propriétaire de son logement. Cela lui permettra également de bénéficier d’un patrimoine qu’il pourra transmettre à sa famille. Plus de 35% des fontenaysiens vivent dans un logement social : je peux vous assurer que l’immense majorité d’entre eux préfèrerait être propriétaire de son logement ! Surtout, la vente d’un logement social peut permettre de financer la création de plusieurs logements sociaux neufs et ainsi que de financer la rénovation et le réaménagement de nombreux quartiers dont le risque de vétusté est important. Lors de ma rencontre avec Jean-Louis Borloo, nous avons abordé ces sujets et biens d’autres comme le décrochage scolaire, comme l’absence de seconde chance qui est vécue vraiment comme une double peine, comme la nécessité de faire entrer l’entreprise dans ces quartiers, la formation professionnelle, les services publics de proximité, etc. Je ne connais les détails de son "plan de bataille" pour les quartiers populaires mais je sais que son pragmatisme sera au rendez-vous. La banlieue est riche de l’énergie de ses habitants et l’Etat doit véritablement entendre la voix des élus qui la défendent.

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