14 janvier 2019

Tribune du Mois : Quand les contestataires contestent la contestation !

Disons-le d’emblée, la question du théâtre, décidément, perturbe la majorité municipale, puisqu’elle n’a pas hésité, à court d’argument sans doute, à demander au comédien Philippe Torreton, de s’exprimer dans les colonnes du magazine municipal sur la pertinence de se doter d’un tel équipement.

L’avis d’un tel artiste, même s’il peut être contesté, est effectivement intéressant et ses arguments sont respectables. Loin de nous l’envie de créer une polémique avec un... polémiste aussi brillant que lui. Nous reconnaissons ses qualités d’interprète et de metteur en scène. Il sait donc, mieux que personne, qu’il faut savoir accepter la critique, surtout quand elle vient du public. Ce qui n’est pas du tout le cas, en revanche, des élus de la majorité municipale.


A l’époque des théâtres antiques, les sujets d’actualité étaient, parfois, posés sur la « thymélé », sorte d’autel situé au centre de l’amphithéâtre, pour être débattus avec les spectateurs.


A Fontenay, chacun peut constater que ceux qui font de la contestation leur fonds de commerce ont beaucoup de mal à accepter la critique quand il s’agit, à leur tour, de poser les dossiers sur la table du Conseil municipal et d’en débattre publiquement et sereinement.


Accepter la critique, c’est d’abord accepter d’entendre ce qui est dit par d’autres et ne pas réécrire ou réinterpréter leurs propos.


La reformulation de nos arguments, sans cesse déformée, et donc mensongère, par le maire et ses adjoints en conseil municipal est digne de la Commedia dell’arte. William Shakespeare était visionnaire quand il écrivait “ All the World is a stage ” (le monde entier est une scène de théâtre). Car hélas, les débats des séances du conseil municipal ressemblent trop souvent à une mauvaise pièce de théâtre, déconsidérant par là même la parole politique.


Accepter la critique, c’est pour un homme ou une femme politique accepter d’entendre l’avis de ses concitoyens même quand il ne va pas dans le même sens. Bien souvent, et nous ne sommes pas dupes, ceux que la majorité municipale laisse s’exprimer ressemblent plus à des figurants savamment choisis par le maire-metteur-en-scène.

Il nous appartient alors de rétablir la vérité aux habitants de notre ville.

Dire la vérité, c’est par exemple, préciser qu’à Fontenay, les « Gilets Jaunes » qui bloquaient le parking d’Auchan étaient loin d’être des citoyens apolitiques comme on a voulu nous le faire croire ! Les logos de la France Insoumise, du PCF et de la CGT, ainsi que la présence d’élus de la majorité n’étaient même pas cachés. Si au niveau national, la démarche citoyenne des gilets jaunes était compréhensible et légitime, à Fontenay, pour cette municipalité, il fallait récupérer le mouvement, l’instrumentaliser, justifiant cette récupération politique par la nécessité de « donner des perspectives à la colère ». Ben voyons !

A Fontenay, on a des traditions, la bonne vieille habitude de faire ses courses dans tous les rayons de la contestation pour renforcer « ses parts de marché », pour renflouer « son fonds de commerce ». Car il faut le savoir, ce « marché de la colère » appartient à cette majorité municipale et à personne d’autre !
Qui peut imaginer, à Fontenay, un mouvement de contestation libre et apolitique ? Pas eux. Shakespeare avait raison, le monde est un théâtre, en l’occurrence pathétique !


Dire la vérité, pour nous, ce sera donc rappeler aux sympathisants des gilets jaunes, et aux habitants de Fontenay dans leur ensemble, que si l’État a fait naître la colère et le ras le bol des Français par son matraquage fiscal, notre ville porte aussi sa part de responsabilité. Depuis plus de 15 ans, elle a régulièrement augmenté les impôts locaux et le coût des prestations, et donc fortement participé à cette ‘overdose’.


On comprend mieux pourquoi il faut maîtriser et contrôler ce « marché de la révolte », car il serait dommage que nos concitoyens découvrent le pot aux roses et changent de cible !


Philippe Torreton a raison quand il écrit « qu’il faut donner de l’oxygène à ses habitants », lui qui semble si proche du maire, et si bien informé sur le dossier du théâtre, alors que les élus que nous sommes n’avons aucun document pour voter les délibérations sur ce sujet. « Donner de l’oxygène aux habitants » c’est faire véritablement vivre la démocratie, et pas seulement faire semblant !


Quand Monsieur Torreton écrit qu’« Un théâtre ne coûte pas cher lorsque vous regardez briller les yeux des enfants, lorsque vous écoutez le silence d’une salle étreinte par l’émotion, lorsque vous sentez battre les cœurs », on retrouve par ces mots… l’acteur brillant de théâtre qu’il est. Car ces arguments sont à la fois irréfutables mais terriblement démagogiques.


Cette ‘envolée lyrique’ peut aussi s’appliquer au concert, au cinéma, au cirque, mais également des mauvaises séries de télévision.


En revanche, Monsieur Torreton devrait aussi expliquer que si, à ses yeux, un théâtre ne coûte pas cher, il a toutefois un prix (en l’occurrence 12,5 M€) et que son financement est porté par ces mêmes spectateurs qui sont aussi et avant tout des contribuables.
Plus généralement, nous rappellerons donc qu’aucun élu de notre groupe n’a jamais remis en cause la nécessité du théâtre dans notre société au titre des fondamentaux culturels.
C’est avant tout l’absence de vision globale en matière culturelle que nous contestons.
Peut-être est-ce aussi parce que ce projet est mal situé et pas suffisamment tourné vers le public que les Fontenaysiens le contestent.


Dans une démocratie, le débat précède toujours la prise de décision, le débat intègre les attentes culturelles diverses des citoyens, le débat permet d’évaluer les besoins de mutualisations d’équipements : tout cela a clairement manqué à Fontenay. C’est pour cela, et rien que pour cela, que nous n’avons pas voté pour le dépôt du permis de construire de ce projet mal préparé.